Renault Twingo (1992–2007) : la petite révolution colorée de Billancourt
Au début des années 1990, alors que le marché automobile semblait s’être figé dans des silhouettes conservatrices et des logiques industrielles prudentes, Renault lance un ovni à quatre roues : la Twingo. Présentée en 1992, cette petite citadine monovolume à l’allure souriante ne ressemble à rien d’autre. Ni berline, ni compacte, ni utilitaire : la Twingo invente sa propre catégorie — celle de la voiture attachante, malicieuse et pleine d’astuces.
Pensée dès l’origine comme un véhicule du quotidien accessible et intelligent, elle séduit immédiatement par son design rondouillard, ses couleurs vives et son habitacle étonnamment spacieux. Plus de trois décennies plus tard, cette petite Renault est devenue une icône pop, aussi bien collectionnée que détournée sur les réseaux sociaux.
Mais au-delà de l’émotion, la Twingo est aussi un symbole de rupture dans l’histoire de l’automobile française : une voiture conçue pour « inventer la vie qui va avec ».
Table des matières
Genèse et conception : la petite révolution Renault
La Twingo n’est pas née dans un contexte ordinaire. À la fin des années 1980, Renault traverse une période de transformation stratégique. Sous l’impulsion de Raymond Lévy, PDG du groupe, et de Patrick Le Quément, tout juste nommé directeur du design industriel, l’objectif est clair : réinventer l’automobile française, avec audace et simplicité.
Le projet « W60 », initié en 1986, visait à créer une citadine radicalement nouvelle. Renault voulait une voiture bon marché, astucieuse, et différente de tout ce qui se faisait sur le marché. Mais c’est le concept-car « Ludobox » qui donnera naissance à la Twingo. Son nom lui-même — contraction de « Twist », « Swing » et « Tango » — annonce une personnalité vive, joviale et un brin espiègle.
Patrick Le Quément impose une décision audacieuse : le design sera validé avant les études de marketing. Une révolution à l’époque, et un pari risqué qui donnera naissance à une silhouette unique : capot court, carrosserie monovolume et regard arrondi. En un mot : inimitable.
La voiture est pensée dès le départ pour séduire les jeunes, les femmes, les citadins… mais aussi tous ceux qui cherchent une voiture économique, pratique, et pleine de personnalité.
Présentation officielle et accueil du public
La Renault Twingo est officiellement dévoilée au Salon de l’automobile de Paris en octobre 1992, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle fait sensation. Posée sur son stand dans une livrée vert pomme, elle tranche radicalement avec les modèles sobres et classiques de l’époque. Sa bouille souriante, ses phares ronds et son gabarit compact la rendent immédiatement sympathique — presque attachante.
Mais cette présentation divise. Certains adorent, d’autres s’étranglent devant ce qu’ils jugent une « voiture-jouet ». Pourtant, la stratégie de Renault est simple : casser les codes de la citadine traditionnelle et proposer une voiture accessible, maline, et fun. À son lancement, une seule version est disponible, avec un moteur 1.2 L essence de 55 chevaux, une unique finition… et seulement quatre couleurs pastel au choix, volontairement originales.
Dès le printemps 1993, les premières Twingo arrivent en concessions. Le succès est immédiat : les commandes affluent, les délais de livraison s’allongent, et Renault peine à suivre la demande. La Twingo devient rapidement un phénomène de société, adoptée aussi bien par les étudiants que les retraités, et souvent choisie comme première voiture.
Une citadine qui casse les codes
La Renault Twingo première du nom ne se contente pas d’un look atypique : elle révolutionne aussi l’approche de la citadine par son design intérieur et sa conception. Pensée dès le départ comme un véhicule minimaliste mais ingénieux, elle adopte un habitacle mono-volume, rompant avec la traditionnelle séparation capot/habitacle/coffre.
À l’intérieur, tout est pensé pour maximiser l’espace. La Twingo propose une innovation majeure pour son segment : une banquette arrière coulissante, permettant d’agrandir le coffre ou l’espace aux jambes selon les besoins. Résultat : malgré ses 3,43 m de long, elle offre une habitabilité digne de certaines compactes. L’ambiance est simple mais colorée, avec une planche de bord arrondie et un affichage digital central (une rareté à l’époque, surtout sur ce segment).
Sous le capot, le moteur est issu de la R5, et bien que modeste (1.2 L C3G de 55 ch), il suffit largement pour une voiture aussi légère (environ 790 kg). La direction, non assistée, donne un bon retour, et le rayon de braquage très court rend la Twingo incroyablement maniable en ville.
Avec la Twingo, Renault propose un objet automobile à part : plus qu’une voiture, un concept, centré sur l’astuce et la malice. Un pari osé qui paie, notamment grâce à un positionnement tarifaire très agressif, qui la rend accessible à un large public.
La Twingo face à ses concurrentes de l’époque
Lors de sa sortie en 1993, la Renault Twingo se retrouve face à un paysage automobile déjà bien occupé par des citadines réputées. Pourtant, avec son concept novateur de monospace urbain et son design audacieux, elle ne rentre dans aucune case… et c’est justement ce qui fera sa force.
Une proposition radicalement différente
La Twingo ne se contente pas d’être une citadine compacte : elle en redéfinit les codes. Son habitacle monovolume optimise l’espace intérieur, sa banquette coulissante libère un coffre modulable, et son combiné d’instrumentation central donne le ton d’une voiture pensée autrement. En face, les rivales restent plus classiques.
Citroën AX et Peugeot 106 : la solution classique
En France, les Citroën AX et Peugeot 106 proposent une architecture plus traditionnelle avec moteur à l’avant, coffre fixe et planche de bord classique. Si elles se montrent plus polyvalentes sur route, elles ne rivalisent pas en termes d’habitabilité ou d’originalité avec la Twingo. Leur design, moins clivant mais aussi moins marquant, les positionne davantage comme des choix rationnels.
Fiat Cinquecento : l’italienne minimaliste
Du côté italien, la Fiat Cinquecento lancée en 1991 joue la carte de la sobriété et de la compacité. Plus courte que la Twingo, moins modulable et au design anguleux, elle s’adresse à un public différent. Là où la Twingo propose du fun et de la rondeur, la Cinquecento mise sur la rigueur d’un format économique et urbain.
Ford Ka : l’héritière spirituelle tardive
Il faudra attendre 1996 pour que Ford réplique avec la Ka, une citadine au look néo-futuriste signée New Edge Design. Plus courte et plus maniable que la Twingo, elle en reprend la philosophie originale avec un style affirmé et une volonté de casser les codes. Trop tard cependant pour éclipser la pionnière française, déjà solidement ancrée dans les esprits.
Une ovni qui deviendra une icône
En définitive, la Twingo s’est imposée non pas en jouant sur les mêmes règles que ses concurrentes, mais en inventant son propre jeu. Là où les autres s’adaptaient au marché, elle a redéfini ce que pouvait être une voiture de ville. Son succès immédiat et sa longévité commerciale témoignent d’un positionnement visionnaire.
Évolutions et séries spéciales
Durant sa longue carrière de 1993 à 2007, la Renault Twingo 1 a connu trois phases distinctes (Phase 1, 2 et 3), marquées par des évolutions discrètes mais significatives, sans jamais trahir l’esprit du modèle d’origine.
Phase 1 (1993–1998) : la Twingo originelle
C’est la version la plus épurée et la plus reconnaissable. Elle se distingue par ses phares ronds façon “grenouille”, un tableau de bord en plastique moulé très coloré, des sièges au tissu fantaisiste, et son fameux compteur digital central. À son lancement, elle n’est disponible qu’en boîte manuelle 4 rapports et dans une seule finition, avec quelques options (toit ouvrant, vitres électriques, autoradio). Cette simplicité participe à son succès.
Phase 2 (1998–2000) : une modernisation en douceur
Renault améliore l’équipement (direction assistée en option, airbags, boîte 5 vitesses de série), revoit la sellerie et affine légèrement le design intérieur. Les premières séries spéciales font leur apparition, comme la “Coquelicot”, “Benetton” ou “Kenzo”, qui introduisent des coloris exclusifs et des ambiances personnalisées.
Phase 3 (2000–2007) : l’ère de la polyvalence
Avec l’arrivée de concurrents plus modernes, la Twingo se met à jour. Nouvelle calandre, feux arrière légèrement revus, intérieur repensé avec des plastiques plus sérieux, et surtout, arrivée de nouvelles motorisations (D7F 1.2 60 ch, puis D4F 75 ch à partir de 2001). Elle gagne en agrément de conduite sans perdre son caractère. C’est aussi l’époque des séries spéciales à la pelle : “Liberty”, “Easy”, “Privilège”, “Pampa”, “Hipanema”, etc. Certaines sont devenues de vraies pièces de collection.
Les séries limitées marquantes
Parmi les plus recherchées aujourd’hui :
Twingo Benetton : co-branding avec la célèbre marque de mode, coloris vifs et sellerie originale.
Twingo Lecoq : une série luxueuse préparée par le carrossier Lecoq, très rare.
Twingo Kenzo : élégante, avec intérieur beige et inserts bois.
La Twingo 1 a ainsi su évoluer sans se renier, conservant sa bouille sympathique tout en s’adaptant aux attentes des conducteurs au fil des années.
Une voiture attachante devenue collector
Longtemps considérée comme une simple voiture de ville économique, la Twingo 1 connaît aujourd’hui un retour en grâce spectaculaire. Sa ligne pleine de malice, son concept innovant et son héritage des années 90 en font un objet culte pour les collectionneurs et les nostalgiques.
Des prix encore accessibles, mais en hausse
Il est encore possible de trouver une Twingo 1 en bon état pour moins de 3 000 €, mais les modèles les plus rares — notamment les premières séries de 1993 non repeintes, avec intérieur d’origine, ou certaines séries spéciales comme la Lecoq ou la Kenzo — peuvent atteindre 5 000 à 8 000 €, voire plus pour des exemplaires en parfait état et kilométrage faible.
Une fiabilité reconnue
Équipée de moteurs robustes (C3G puis D7F et D4F), la Twingo 1 est mécaniquement très fiable si l’entretien est suivi. Les pièces sont encore largement disponibles et à prix raisonnable. Seuls points à surveiller : corrosion sur certains bas de caisse ou passages de roue, boîte de vitesses un peu ferme, et toit ouvrant souvent source d’infiltrations.
Une cote affective qui dépasse la logique
Ce qui distingue la Twingo, c’est l’attachement émotionnel qu’elle suscite. Pour beaucoup, c’est la première voiture, celle des vacances, des trajets vers la fac ou des débuts dans la vie active. Un objet chargé de souvenirs, qui dépasse sa valeur marchande.
Vers une reconnaissance “youngtimer”
À l’instar de la 2CV ou de la Fiat 500, la Twingo 1 s’installe peu à peu comme une icône populaire, à mi-chemin entre la youngtimer et la voiture de collection. Clubs, rassemblements et passionnés se multiplient autour du modèle, notamment en France et en Allemagne.
La Twingo dans la pop culture
Derrière sa silhouette ronde et son regard malicieux, la Twingo a su s’imposer comme une icône générationnelle, omniprésente dans les imaginaires collectifs. Bien plus qu’une voiture du quotidien, elle est devenue un symbole de liberté, de jeunesse et d’audace, souvent célébrée dans les médias, la musique et même l’art contemporain.
Au cinéma : l’anti-héroïne attachante
La Twingo apparaît dans de nombreux films français, souvent pour symboliser la simplicité, l’optimisme ou l’insouciance. On la croise dans Le Premier jour du reste de ta vie (2008), Les Randonneurs à Saint-Tropez (2008), ou encore dans Les petits mouchoirs (2010). Sa présence discrète mais expressive en fait un second rôle naturel, souvent lié à des personnages authentiques et proches du public.
À la télévision : complice des séries françaises
Dans les années 1990 et 2000, la Twingo fait des apparitions dans de nombreuses séries télévisées françaises comme Julie Lescaut ou Une famille formidable. Elle est régulièrement utilisée pour camper un quotidien accessible et chaleureux, en opposition aux véhicules plus austères ou statutairement marqués.
Dans la musique : de l’ironie à l’hommage
La Twingo a aussi été chantée ou évoquée avec tendresse ou humour. En 2023, elle revient sur le devant de la scène avec le clash de Shakira contre Gérard Piqué : « Tu as échangé une Ferrari contre une Twingo ». Loin de ternir son image, la punchline a provoqué un énorme regain de notoriété pour la petite Renault, devenue en quelques jours le symbole de la revanche populaire. Renault a même réagi sur les réseaux sociaux avec un clin d’œil assumé.
Dans les jeux vidéo : une discrète favorite
La Twingo 1 est rarement mise en avant dans les jeux de course, mais elle est présente dans des jeux comme Gran Turismo 2 (dans sa version japonaise) et certains titres plus urbains comme L.A. Street Racing. Son design reconnaissable est parfois utilisé dans des mods de simulation ou dans des jeux rétro pixelisés inspirés des années 90.
Dans la bande dessinée et les arts
La Twingo a été croquée dans plusieurs planches humoristiques et albums BD, notamment chez Zep, qui l’a glissée dans les décors de Titeuf. L’artiste Simon Menner, lui, a utilisé une Twingo dans ses travaux photographiques sur la normalité urbaine en Allemagne. Un objet esthétique et émotionnel, à la fois familier et iconique.
Les modèles réduits : la Twingo à l’échelle 1/43 et 1/18
Avec sa bouille inimitable et ses couleurs acidulées, la première génération de Twingo s’est rapidement imposée comme une miniature de choix pour les collectionneurs, qu’ils soient nostalgiques des années 90 ou simplement sensibles au design audacieux de la petite Renault.
Au 1/43 : un classique bien représenté
L’échelle 1/43 est celle où la Twingo a le plus été reproduite. De nombreuses versions ont vu le jour, avec une fidélité variable selon les fabricants :
Norev, dès les années 90, propose des modèles en plastique sous licence Renault, souvent vendus dans les concessions ou en presse. Ils capturent l’essence de la voiture, mais avec un niveau de détail modeste.
Solido et Universal Hobbies ont aussi produit des miniatures plus détaillées, notamment des éditions spéciales (Twingo Kenzo, Twingo Benetton).
Des versions presse comme Auto Plus Collection ou Passion Renault permettent aujourd’hui de trouver des modèles accessibles en seconde main.
On trouve aussi des Twingo 1 en version pompiers, gendarmerie, ou auto-école, témoins de la polyvalence de cette citadine dans la vie réelle.
Au 1/18 : une rareté prisée
Longtemps absente à cette échelle, la Twingo 1 a récemment fait son apparition grâce à Norev, qui a lancé en 2023 une superbe réplique en 1/18, fidèle jusque dans les moindres détails : intérieur modulable, capot arrière ouvrant, phares fidèles à l’originale. Une version bleue (Bleu Outremer) a ouvert la voie à d’autres déclinaisons.
Le modèle a connu un véritable succès auprès des collectionneurs, souvent vendue en édition limitée, ce qui en fait un objet recherché sur le marché de la miniature.
Conclusion : La Twingo 1, une icône pop devenue collector
Née d’un pari audacieux et d’un design anticonformiste, la Renault Twingo première génération s’est imposée comme bien plus qu’une simple citadine : c’est une madeleine de Proust à quatre roues, une déclaration d’amour aux années 90 et à l’ingéniosité automobile française.
Adorée pour sa modularité, sa bouille attachante et son accessibilité, la Twingo 1 est aujourd’hui reconnue à sa juste valeur. Elle inspire la nostalgie, fascine les collectionneurs et occupe une place de choix dans la culture populaire. Films, clips, jeux vidéo, modèles réduits… elle est partout, discrète mais inoubliable.
Alors que certaines versions deviennent rares et que la cote commence à grimper, il est peut-être temps de reconsidérer la Twingo comme une vraie voiture de collection, à la fois abordable et pleine de charme. Une preuve supplémentaire qu’une voiture n’a pas besoin de chevaux, de chrome ou de performances exubérantes pour entrer dans la légende.
Le Mot du Bagnolard
J’ai eu plusieurs Twingo au fil des années, et je dois dire que j’ai toujours été bluffé par cette petite citadine. Son confort de suspension, l’espace intérieur incroyable compte tenu de son gabarit (quatre adultes voyagent confortablement grâce à la banquette coulissante), et la vivacité du petit moteur 1.2, notamment en version 16S, en font une voiture très attachante.
En finition Privilège (phase 3), c’était carrément le haut de gamme : climatisation manuelle, vitres et rétros électriques, direction assistée, ABS, double airbag, fermeture centralisée… et même un toit vitré panoramique sur l’une des miennes. Le grand luxe pour une mini citadine !
Maniable, vive, parfaite en ville et étonnamment à l’aise sur route, la Twingo pêchait surtout sur autoroute à cause d’une insonorisation quasi inexistante. Mais il faut se souvenir qu’elle date de 1993…
Aujourd’hui encore, c’est l’une des rares occasions qu’on peut acheter sans forcément subir de décote, à condition de bien choisir (une Privilège bien équipée, par exemple). Et pour un jeune conducteur, c’est l’alliée idéale : accessible financièrement, prise en main facile, visibilité au top et coût d’entretien raisonnable.
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